Recueil poétique
Les yeux bleus
Image par Aurel Cham via Pixabay.
Table des matières
- Ses yeux bleus
- La mer
- Le parfum des bois
- Un toit de tôle
- À reculons
- Le paysage
- Le sans abri
- L’échiquier
- Un visage familier
- À ma maison
- L’appareil photo
- Le pêcheur
- A l’hôpital
- La nuit
- Des Bleus
- Les feuilles d’automne
- En char
- L'éternité
- Au printemps
- Chez le dentiste
- D’une amie
- Solitude
- La mer
- Les étoiles
- L'inspiration
- Les fleurs en souvenir
- À la frontière
- La nuit blanche
- Au Lac-À-Lunette
Ses yeux bleus
Attentif au chant d’amour de ses yeux
D'où rayonnaient l’aura de flamme,
Je m'extasiais de son regard bleu,
Pendant que mon cœur brûlait dans mon âme.
Écouter le son doux de l’océan
Que frôle le ventre d’une comète,
La grâce qui est dans ces mots frissonnants
Qui font trembler le sol de la planète.
Je me croyais sous le ciel d’un lagon
Bleu, car j’avais sur la peau des frissons
Tendre. Épris par ce vertige sensible,
On aurait dit refluant de la mer,
Que se formait un vortex entrouvert
Où remontait une fée paisible.
La mer
La mer, j’aimerais la voir une fois.
Ses vagues s'étirant à l’infinie
Frôlant le rivage de cet endroit.
Et faire l’amour à ma Virginie
Sur les plages de sable toute garnie.
Voir les voiliers blancs, voiles au vent
Caresser et frôler les flots mouvants.
Et voir aussi s’abattre une tempête
Comme le diable dans un couvent,
Pour voir s’animer cette affreuse bête.
Le parfum des bois
Au printemps, sentir le parfum des bois
Et la fraîcheur de la brise limpide.
S’enivrer du renouveau d’autrefois.
Les bourgeons qui poussent sont timides
Il se nourrissent de bon air humide.
Et à bicyclette sur le chemin
Réapparaissent les petits gamins
Avec leurs pantalons bleus, rouges, mauves,
Leurs billes multicolores aux mains
Et la nature est un énorme love.
Un toit de tôle
Le jour est pour moi une sombre nuit
Et ma maison grise est un toit de tôle
Le vrai amour me déteste et me fuis
J’ai l’impression d’habiter le pôle
Nord. J’ai mal avec mon étroite épaule,
Je fume trop de tabac en béton,
La fumée bleutée de trois demi-tons
Vieillit mon visage de tache jaune.
J’ai une marque en forme de téton
Sur ma joue, c’est presque un mélanome.
À reculons
Nous étions sur le lac infini.
Nous allions comme des écrevisses
Pêcher le savoureux doré. Ainsi
On nous donna un ordre exprès, Ô vice !
D’amarrer le bateau à l’improvise.
Nous nous dirigions à reculons,
Les gardes sortirent leurs armelons.
Ils en firent un gros tas de salade,
Nous nous excusions en couillons,
Riant aux larmes comme des malades.
Le paysage
Revenant des splendides chutes,
Je vis un beau coin dépaysant.
La nature près d’une hutte
Dans un grand champ éblouissant.
Un paradis me reversant,
De la verdure et des montagnes,
Un pommier resplendissant,
C’était la campagne en campagne.
Le sans abri
Petit enfant encore vierge,
Je marchais tout près de la berge.
Un homme couché sur un banc
Qui faisait sa sieste au vent.
Était un vieux sans abri,
En pauvre crétin, j’en ai ri.
Si je pouvais Sainte lumière !
Je lui donnerais mon derrière.
L’échiquier
Qu’il est beau cet échiquier
Accoté au mur de ma chambre.
On dirait un grand bouclier
D’un vieux combattant dans l’ombre
Ou un trésor dans les décombres
Comme un vrai joyau ciselé,
Qui éclate dans la pénombre
Dans son triple verni giclé.
Il me rappelle tant l’enfance,
Les midis de guerre entre amis.
On se donnait dans le silence
Tous nerveux comme des fourmis.
« On ne se bat pas à demi
Pour gagner une grosse pièce. »
Avec un esprit insoumis,
On était de la bonne espèce.
Encore avec mon petit frère,
Quand j’étais un mini poupon,
Tout gros comme un verre de bière,
Beau comme un morceau de bonbon,
La couche encore au troufion,
Je prenais bien trop de recule.
Pendant que frérot, le bouffon,
Gagnait toujours comme un hercule.
Ma mère m’apprit quelques règles,
Bonne comme un ange charnel
Et éclairé comme un grand aigle,
Tout le constitutionnel,
Tout leur mouvement solennel,
Cheval au-dessus de la foule,
La tour comme le colonel,
La reine avançant sur la houle.
Cet objet m’est si précieux
Que j’ai du mal en m’en défaire.
Mon cœur se serre en ces lieux
Où il traîne dans mes affaires.
Je creuserais un trou en terre
Pour le recouvrir comme un mort,
Mais il est soudé au cratère
De mon âme comme de l’or.
Un visage familier
Son visage m’était familier
Comme un reflet vague dans la rivière.
Son air connu, inconnu, oublié,
Me taquinait dans mon mental lumière,
Ses cheveux noirs mi-longs jusqu’en arrière
Fascinaient ma pensée en douceur.
Son large front accueillait la splendeur
De son aura puissante sans limite.
Ses ténèbres couvraient de pudeur
Son corps dodu ou bouillait ma marmite.
Qu’elle soit ma douleur sous le firmament
C’est d’avoir rejeté la belle nature.
Ignoré mon cœur et ses sentiments,
La seule raison des créatures.
Précieux talent ou nait l’aventure.
Et de voir pâlir les tons du saphir.
Je suis que néant pour ma dulcinée.
Pour mon baiser, non ! pas retenir !
Je l’ai oublié avec les années.
À ma maison
Quoique tes vieux murs dorés
Semblent fumés la cigarette
Et que ton beau vinyle gris
En prend plein sa grosse quéquette,
Je me sens bien dans ta cachette
Au milieu des meubles noirs
Tantôt ou un jour je t’achète
Et te bénis à l’encensoir.
L’appareil photo
Mon appareil photo est seulement noir.
C’est un réflex d’objectivité ordinaire,
Carré et sans style comme secondaire,
Mais je voudrais le repeindre en bleu!
Avec plein de Nuances, mais en camaïeu.
Je voudrais aussi lui sculpter des ailes de pierre
Pour qu’il est l’air prospère,
Et en plus! J’y mettrai un moteur au creux
Des rayons d’émeraudes sortiront de sa lunette
Et son petit clic sera comme une sonnette,
Un éclair métaphysique qui frappe le sol.
Quand on entendra gronder le tonnerre
Et Rugir le lion féroce et affamé de Saint-Paul,
On dira que cet instrument à du caractère!
Le pêcheur
Le pêcheur se rêve d’un monde rempli d’or.
Il va sur les grands lacs jusqu’au soir où se meure
Le soleil en son cœur. Lorsque le ciel gris pleure
Déversant ses larmes dans le jour qui s’endort.
Il frissonne d’amour quand il lance sa touche
Dans l’horizon lointain de l’azur envoûté.
Il se meut lentement aux rochers argentés
Pendant que l'astre d'or tout épuisé se couche
C’est un prince d’amour qui recueille la manne
A la fleur du printemps, mais il sait dans son âme
Que le temps s’échappe par son éternité.
Dieu écoutant son cœur et sa prière pieuse,
Lui donne le bonheur dans sa passion emporté,
Comme un jeune corbeau sur la vague écumeuse.
A l’hôpital
Seul, seul, seul dans ce monde.
Prisonnier sans vie,
J’allais à reculons
Comme un gars qui a peur.
C’était un mauvais deal:
Trente sous pour mon pain,
Cent francs pour une ligne
Je suis resté à l’asyle
Étais-je condamné
Par mon pot Jésus Christ
Mon image riait
Mon ombre au sol tremblait
J’ai voulu crier fort,
Mais j’ai pris trop de temps
Figé dans la froideur
Jaune de l’hôpital.
La nuit
Cette nuit, comme un troubadour,
Je me promène au clair de lune.
Je ronge, je mords dans la prune
de chair de la haïssable amour.
Ma splendeur au fond de la tour
Éclaire mes sentiers diurnes.
Cette nuit, comme un troubadour,
Je me promène au clair de lune.
Je veille et je meurs jusqu’au jour.
Hurle, crie et chante à chacune
Dans mes jours noirs que je consume,
Plus volage qu’un noir vautour,
Cette nuit, comme un troubadour.
Des Bleus
Des bleus célestes aux étranges
Cieux dans son oeil se mélangent
Son âme en jolies barbeaux
Se fait pure ou petit roseau
Une paille dans une grange.
Horriblement! Un si bel ange!
Tout fragile et que rien n’arrange.
Mange à terre comme ce beau
Geai bleu.
Pas de pièce pour l’échange.
O! Qu’il frissonne cet archange!
Le vent du nord fait des longs sauts
Sur la fillette sans manteau,
Et des pieds jusqu'à ses phalanges,
Des bleus.
Les feuilles d’automne
L’automne revient et je suis tristement las.
Je vois par la vitre d’une maisonnette grise,
Les feuilles mourantes sous une légère brise.
Le ciel couvert au temps sombre me peine, hélas !
Comme si la terre chutant des bras d’Atlas,
Se fracassait au sol et cassait comme une frise.
D’une passion au seuil d'une douloureuse crise,
Toute annonce la fin, le vent sonne le glas.
Même les couleurs ne sont qu'illusions de vie,
Et un parfum moisi ne me donne aucune envie
Des fleurs sans pétales que je ne peux sentir.
Les teintes jaunes ocre nous présentent les mortes
Comme des hommes morts dont ont fait revêtir,
Leurs visages mornes, les derniers qu'ils portent.
En char
Je fendais l'air
Je parcourais la route
Et hop! Je fendais l’air.
J’allais manger ma croûte
Je parcourais la route.
Mon auto faisait proute !
Dans sa robe de fer.
Je parcourais la route
Et hop! Je fendais l’air.
Au dinerMangeons ce superbe jambonEn cette journée de fête.
Régalons-nous mes compagnons,
Mangeons ce superbe jambon.
Le chef, c’est notre ami Raymond
Et jusqu’à la dernière miette,
Mangeons ce superbe jambon
En cette journée de fête.
L'éternité
Ô la vague! sur l’océan
Qui nous emporte et nous soulève
Comme un bleu et profond néant
Quand bercés sur l’onde sans trêve
Nous pensons habiter un rêve
Où l’horizon n’en finit plus
Où le temps, la fin, sont exclus
On entend presque le silence
Qui nous révèle la beauté
De cette lame qui s’élance
L'esprit perçoit l’éternité
Au printemps
Campé sous les rayons d’un doux printemps,
Un parfum de bonheur flottait dans l’air
Sur la froide rivière où pêchait mon père,
Et Le temps charmait en prenant son temps.
Comme d’habitude, il était patient
Dans son activité en solitaire
Campé sous les rayons d’un doux printemps,
Un parfum de bonheur flottait dans l’air.
Et dans ce bel endroit au flot frissonnant
Il bondissait vite de pierre en pierre,
Du rivage inondé à la dernière,
Habille, il le faisait, souvent d’antan
Campé sous les rayons d’un doux printemps.
Chez le dentiste
Écoutez ce bruit strident
C’est la pince du dentiste
Qui m'arrache une dent
Écoutez ce bruit strident
Je souffre et je cris pendant
Le travail de cet artiste
Écoutez ce bruit strident
C’est la pince du dentiste.
D’une amie
Ta pensée comme l’éclair
Dans tes yeux allume des braises.
Tu me sembles plus à ton aise
Lorsque ta voix vibre dans l'air
Comme une vague sur la mer.
Quand tu viens avec le sourire
Comme taquiner mes yeux gris.
Toute mon âme dans son esprit
Jusqu'au fond de mon cœur soupire.
Car je ne sais pas quoi te dire.
Toi, l’ange du ciel azuré
Tu lances des rayons dorés.
Telle une paisible colombe
Tu viens doucement effleurer
Mes profondes larmes qui tombent.
Solitude
Nul ami ne me visite dans la journée,
Alors, je fais vraiment tout pour tuer l’ennui :
Je dessine, j’écris… pendant que le temps fuit.
Parfois, j’imagine des histoires en pensée.
Lorsque plus rien ne me tente, je vais dormir
Car j’aime mieux le rêve que la lassitude,
C’est comme cela que je suis. Ô solitude !
Combien d’heures encore me feras-tu languir !
C’est une douce compagne pour un ermite,
Qui à tous les jours veut méditer dans son gîte.
Pour moi, un gros rat qui me ronge le moral.
Les gens disent d’une manière solennelle :
« Va travailler ça serait beaucoup plus normal »
Je n’ai même pas la force d’une hirondelle.
La mer
O mer ! Quel martyre naufragé sur tes eaux ?
On subit les marins et les bons capitaines,
Les forts qui effleuraient l’âge de la trentaine
Où ils faillirent perdre courage et leur manteau.
Quand les vagues les frappaient à coup de marteau,
A leur navire, ils se cramponnaient à peine,
Dans l’envergure d’un ciel couleur ébène
Quand ta puissance rompait tous leurs poteau.
Trop sont morts, de ces hommes porteurs d’espérances.
Beaucoup d’autres blessés sont partis dans l'errance
Avec leur corps malmené et ruiné par le sort.
Encore des matelots ont gagné leur cause
Et de ces grands périples, ils se reposent,
C’est en glorieux qu’ils sont revenus au port.
Les étoiles
Les étoiles, pourrons-nous un jour les atteindre,
Nous aventurerons-nous dans ces lieux lointains,
Tous ces astres du soir qu’on montre de la main
Et que les artistes du pinceau n’osent peindre.
Quelquefois « une » dans le ciel vient le fendre
Et devant elle, on fait le souhait pour demain,
Que l’amour au cœur ne soit jamais de moins
Jusqu’à l’heure obscure où nous redeviendrons cendre.
Songeur, je les regardais quand j’étais enfant,
Mon père et moi qui les voyions pleines de mystères
Dans la cour, nous petits voyageurs de la terre.
Mais aujourd’hui avec nos déchets polluants,
On cache de nuer tous ces anges qui brillent
Et qu’on ne remarque déjà plus dans les villes.
L'inspiration
Je veux faire un ïambe, je sais qu’il est hardi,
Mais il faudra que je m’exerce
Sur des airs autres les matins de samedi,
Au rythme, il vaudra qu’il me berce.
Mais l’inspiration elle me paraît magique,
Bien porté comme chez Chénier,
Amicalement, je lui pique!
Le poète prend son crayon,
Au soleil, un de ses rayons
Pour y peindre des merveilles,
L’arc-en-ciel et ses couleurs,
Le rouge du cœur en veille,
Le bleu d’un ciel meilleur,
Le jaune de la joie.
L’inspiration m’est venue ce matin,
Je l’ai trouvé extraordinaire,
Elle vient magique comme un lutin
Dans un temps pas ordinaire.
Les fleurs en souvenir
Dans votre enfance avez-vous cueilli cette fleur
Où vous tiriez les pétales,
La marguerite que vous mettiez en douleur
D’une façon sèche et brutale ?
Avez-vous déjà soufflé sur un pissenlit?
Où! Où! s’envolaient les aigrettes
Et ceux qui restaient sur la tige, les petits fruits.
C’est les amours que l’on regrette
Avez-vous déjà tenu une rose à la main ?
Courtisant une belle femme,
Mais qui n’était pas là quand arriva demain,
Vous en avez versé des larmes.
Avec vos yeux avez-vous déjà vu un lys ?
Comme la couleur blanche laine,
Aussi pure qu’un agneau donné en sacrifice,
Qu’aurait sûrement dit Verlaine !
Les tournesols, avez-vous été fasciné?
Et du soleil, quelle ressemblance !
Souvent elles penchent dans l’air avant de faner,
Dans le vent elles se balancent.
Toutes ces fleurs qui partagent nos souvenirs
Et dont chacune a son histoire,
Qui perdure dans les aires, ils vont un jour ternir
Sur terre, dans ce dépotoir.
À la frontière
Qu’est-ce qu’il y a au plus lointain de l’univers ?
Et au-delà la frontière de cet espace,
Peut-être tomberons-nous dans une impasse,
Un jour tout autre où nous passerons à travers.
Dans ces lieux trouverons-nous une froide hiver ?
A glacée l’âme à quiconque la dépasse.
De science, du savoir, on part à la chasse,
Verrons-nous peut-être la médaille à l’envers?
Souvent on dit beaucoup de laideur de ce monde,
Peut-être ailleurs y a-t-il que des choses immondes
À faire peur au plus courageux des soldats.
Mais au temps où nous atteindrons cette limite,
Où notre connaissance se fait le mandat,
A la fin, l’homme sera peut-être qu’un mythe?
La nuit blanche
J’ai souvent pleuré dans mes nuits de solitudes,
D’une femme espérée l’amour,
Pour combler mon cœur et combien de lassitudes
Et dans ses yeux mourir le jour.
Je ressens toujours ce flambeau, cette espérance
Un vrai rayon de soleil,
Mais souvent en vagabond, je marche dans l’errance,
Comme le petit enfant, j’ai sommeil.
Dans le temps ici-bas, un chemin se dessine,
Tantôt au tournant de nos choix,
Au soleil printanier nos erreurs calcinent,
Mais entendez-vous cette voix?
Du ciel sombre au grande voile en dessous cet homme!
Il voit l’univers en beauté
Et de sa bouche, il chante aux étoiles qu’il nomme
Se perdant dans la voie-lactée.
Ainsi toujours après la nuit reviendra l’aube
A l’heure au réveil d’un matin
Et nous la reverrons revenant de nos tombes
Cette lumière, Ô grand destin!
Au Lac-À-Lunette
Nous foncions sous un soleil puissant,
Nous étions comme atteint de la rage,
Comme des bêtes que rien ne soulage
Se frayant une route en se pressant.
Nous fûmes rapidement, mal en patience,
Derrière tous les fatigants nombreux,
Tanné de suivre à la queue leu-leu
Sous le ciel au feu brûlant et intenses.
Arrivé sur cet étang décevant,
Pépère mit son pied par devant
Et sa patente au flot comme un sénile.
Soudain ! Un monstre, c’était un requin !
Frôlait l’orteil de l'ingrat en débile,
Et puis repartit ce foutu mesquin.